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Bouger les yeux pour digérer la douleur

Prenons l’exemple d’un patient victime d’un accident de la voie publique et souffrant d’un stress post-traumatique associé à des douleurs chroniques des cervicales. Le thérapeute lui demande dans un premier temps de se concentrer sur la séquence du souvenir qui le perturbe le plus aujourd’hui, par exemple le moment où son véhicule percute l’obstacle et où il ressent les premières douleurs (lors du « coup de lapin »).

Il l’invite ensuite à se repasser mentalement la séquence des émotions et des sensations corporelles vécues au cours de cet épisode, tout en suivant le mouvement du doigt du thérapeute de droite à gauche et de gauche à droite, ou en écoutant des sons émis dans l’oreille gauche et l’oreille droite alternativement, ou encore grâce à des contacts physiques alternant de manière similaire. A ce stade, il est fréquent de constater une augmentation temporaire et réversible de la perception douloureuse (car le système limbique s’active), ce qui signifie que le travail de métabolisation mnésique est en route. Cette psychothérapie est structurée autour d’un protocole standard validé pour les états de stress post-traumatique, mais il existe aussi des protocoles spécifiques pour des populations particulières, notamment pour traiter les douleurs chroniques. Dans ces cas, les protocoles ciblent la mémoire de la douleur, des faits les plus anciens aux plus récents : la première crise douloureuse, les situations antérieures que le patient peut associer à celle-ci, les conséquences du syndrome chronique, les souvenirs récents des stimuli ayant favorisé les crises (contextes, activités, mouvements, sensations particulières), ou bien encore la douleur ressentie au moment de la consultation. Là où beaucoup d’autres traitements échouent, l’EMDR permet ainsi de soulager de nombreux patients. Le parcours médical de ces patients est souvent long et complexe, car parfois émaillé d’échecs thérapeutiques. L’apparition de troubles anxieux ou dépressifs vient souvent compliquer la prise en charge. Le recours aux approches psychocorporelles ou psychothérapeutiques doit alors être rapidement envisagé pour aider les patients à sortir des cercles vicieux de la douleur chronique.

 

Le patient participe à sa guérison

L’hypnose, les TCC, la méditation de pleine conscience du moment présent et l’EMDR servent une valeur commune : la responsabilisation, l’autonomisation du patient dans la gestion de son état de santé. Souvent, il ne cherche pas à diminuer l’intensité de sa douleur, mais il veut améliorer sa qualité de vie. Les retours, en cours ou en fin de thérapie, en témoignent : « j’ai toujours aussi mal, mais je perçois cette douleur différemment » ; « je ne fais plus de choses importantes pour moi … j’ai appris à vivre avec » ; « je l’accepte davantage… j’ai mal, mais je vais bien. » Une collaboration, chaleureuse et empathique, entre thérapeutes et patients est donc essentielle, car ces techniques, si elles sont indispensables, restent inefficaces sans alliance thérapeutique.

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